Construire une politique jeunesse
Extraits et synthèse d’un texte d’atelier de l’I N J E P (article transmis par la Contremarche) :
« Construire une politique jeunesse : Ecueils et invariants. »
EXISTENCE D’UNE VOLONTE POLITIQUE // Ce qui préside à tout acte politique est d’abord l’expression d’une volonté : « une politique jeunesse doit être fondée sur l’existence d’une volonté politique ».
Ceci pose un double questionnement :
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Comment repérer l’existence d’une volonté politique locale ?
Construire une politique jeunesse nécessite de définir clairement les finalités et les orientations stratégiques, de définir des priorités en terme d’objectifs et d’action. En effet, dans bien des cas, des exemples permettent d’illustrer que des demandes apparemment guidées par le souci de construire une politique jeunesse sont en fait des manières de régler des problèmes interinstitutionnels ou de s’inscrire dans une politique contractuelle de l’Etat ou certaines institutions, sans rechercher ce qui est primordial pour les jeunes et pour le territoire dans la contractualisation.
L’existence d’une volonté politique locale est soumise à une triple modalité :
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- l’analyse de la demande initiale et des conditions de son expression,
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- la volonté de changement, de transformation, d’évolution,
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- l’application d’un cadre méthodologique participatif.
- 2. Qu’entend-on derrière la notion de « politique locale de jeunesse » ?
Il est indispensable d’adopter une position commune et partagée sur ce qu’est une politique locale de jeunesse, avant de proposer de la conduire, d’en préciser le sens. Il s’agit d’identifier les domaines que recouvrent cette notion, et les champs dans lesquels elle s’inscrit.
Il est en effet coutume de penser que lorsque l’on parle de politique locale de jeunesse on s’inscrit d’emblée dans le champ du socio culturel et socio éducatif. Cependant, aujourd’hui, elle s’inscrit sous l’effet d’orientations politiques clairement énoncées, dans celui de la sécurité publique, cachant en arrière plan une préoccupation sécuritaire. Cette dimension a souvent tendance à « hypotrophier » toutes les autres.
Il s’agit alors de distinguer ce qui se réalise déjà et ce que l’on veut mettre en œuvre et de choisir ou proposer de s’inscrire dans un ou plusieurs de ces domaines qui concernent la jeunesse : l’économie / la santé et la prévention / le relationnel / l’éducatif / le culturel…
ECUEILS DES POLITIQUES LOCALES DE JEUNESSE
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Le brouillage entre politiques explicites et politiques implicites de jeunesse
En matière de politiques explicites, les finalités sont identifiées sous des vocables comme l’apprentissage de la citoyenneté, la participation et l’expression des jeunes, la socialisation, la prévention des risques, l’insertion et la formation professionnelle par exemple.
En même temps que se sont construites ces politiques explicites, se sont mises en place des politiques implicites de jeunes, ayant notamment pour objet de traiter la délinquance. Le trait commun de toutes ces politiques implicites est qu’elles stigmatisent les jeunes, les rendent responsables ou coupables des troubles sociaux. Ces dispositifs ont été induits par l’Etat, mais ils ont été relayés et parfois durcis par les collectivités locales.
2. Le déplacement du centre de gravité des politiques jeunesses de l’Etat nation vers un local encore peu structuré
Le transfert progressif de compétences de l’Etat national sur les collectivités locales et sur les partenaires sociaux s’est opéré à partir de 3 processus :
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- la décentralisation,
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- la contractualisation,
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- et la territorialisation des actions en direction de la jeunesse.
La décentralisation a permis un transfert de compétence défini entre l’Etat et certaines collectivités territoriales, contribuant ainsi à structurer les objectifs et les champs d’intervention des Régions et des Départements notamment.
A contrario, les politiques de territorialisation et la contractualisation des actions dans le domaine de la jeunesse ont contribué la définition des rôles et missions des acteurs, définissant ainsi qui est moteur, qui est pilote, qui est partenaire ?
Il est primordial de retenir que toute politique contractuelle doit être fondée sur le principe de réciprocité des devoirs et des droits entre les acteurs. Cette conception contractuelle et territoriale des actions est encore trop souvent plus un bricolage lié à des opportunités qu’une construction à partir d’un projet collectif et partagé.
3. Le rôle de pilote des collectivités territoriales et la question de la place des associations d’éducation populaire
Le principal écueil en la matière réside assurément dans les luttes d’influences entre les commanditaires, et les relations entre la collectivité locale et les associations qui prennent le pas sur ce qui est le véritable enjeu de ces politiques : le territoire comme lieu d’exercice d’une politique de développement local, et le public comme sujet du développement.
L’Etat a continué à être moteur par les dispositifs multiples avec une tendance à proposer ses propres mesures avec ses propres objectifs sans forcément un souci de cohérence avec les autres dispositifs. Les collectivités locales ont été invitées souvent sous l’impulsion de l’Etat à devenir pilotes de ces politiques.
Se pose alors la question de la place dévolue aux partenaires associatifs, aux associations d’éducation populaire. L’observation effectuée ces dernières années tend à démontrer qu’elles ont été de plus en plus exclues des sphères de conception et de décision de ces politiques locales. Elles n’ont pas su ou pas pu faire valoir leur savoir, leur expérience et leur savoir faire. Elles se limitent le plus souvent à la mise en œuvre de ces politiques, à devenir des opérateurs, des sous-traitants agissant en complément de ce que mettent en place les services de la collectivité.
Ce qu’on appelle généralement le « partenariat », qui ne porte pas sur la définition du projet global de la politique, mais simplement et au mieux sur la complémentarité des actions.
4. Les 11 – 17 ans ou l’indétermination de la jeunesse
Force est de constater que les politiques en direction des 11 – 17 ans restent embryonnaires et que cette tranche d’âge constitue à bien des égards, le trou noir des politiques de la jeunesse. Il y a au moins 3 explications à cette situation :
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- l’essentiel des recherches concerne les plus de 16 ans,
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- la faiblesse des travaux s’est traduite par une confusion entre autonomie et indépendance de la jeunesse,
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- les adolescents ne trouvent pas toujours en face d’eux les interlocuteurs et les repères indispensables à la construction de leur identité et à leur socialisation.
La relation à soi et à son corps, aux autres, la pratique de la démocratie et de la négociation, l’acquisition des valeurs fondant la société, voici quelques enjeux forts pour toute politique jeunesse désireuse de s’adresser aussi à cette catégorie d’âge.
LES HUITS PRINCIPES, OU LES INVARIANTS D’UNE POLITIQUE LOCALE JEUNESSE
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Le principe d’universalité – L’élaboration des politiques de la jeunesse doit concerner tous les jeunes.
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Le principe de continuité et de durée – Nécessité de conduire une politique adaptée aux différents âges, avec des priorités et des axes d’action à court, moyen et long terme.
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La transparence des décisions, la visibilité et la lisibilité – Ce principe implique que chaque acteur soit informé de la répartition des missions, des initiatives et de la place que chacun doit tenir. Elle s’entend aussi par la définition des critères de décisions dans leur ensemble.
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Le principe de transversalité – Mobiliser les services de la collectivité qui interviennent directement ou indirectement auprès des jeunes pour les amener à travailler de manière transversale à travers la mise en commun de compétences.
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Le principe de pertinence du territoire d’intervention – Rechercher quel est le territoire le plus pertinent en matière de projet et d’action. Installer une dynamique entre les acteurs à partir de la redéfinition des lieux, des instances des décisions et d’action. Trouver une unité sociale.
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Le principe de l’équité – Favoriser l’accès aux actions à ceux qui en bénéficient le moins. Résultante de l’universalité.
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Le partenariat de projet – Corollaire des principes de transversalité et de transparence : la conception d’un projet de la politique jeunesse est une œuvre collective qui doit mobiliser l’ensemble des ressources et des compétences du territoire.
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L’évaluation de la politique et des actions – Une évaluation bien conduite se distingue du contrôle dans le fait qu’elle vise à enrichir l’expérience du groupe des acteurs.
Jean-Pierre Halter : « Concevoir une politique jeunesse comme un projet de développement local, à partir des analyses des expériences de terrain ».
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Publié le Mardi, 15 Juin 2010